Rapport "Open University 2015"

Open University The Open University publie une étude « Innovating pedagogy 2015 » qui présente les nouvelles tendances en matière de pédagogie, qui sont susceptibles de changer le monde de l’éducation dans les années à venir. Ces nouvelles méthodes d’éducation mettent l’accent sur les apprentissages transversaux, l’éducation informelle, la synergie entre les différentes formes d’apprentissage, l’emprunt à des méthodes de réflexion scientifique voire informatique (au sens algorithmique), à l’évolution des technologies, à l’étude du comportement et à la dynamique de groupe. Ces diverses innovations ne sont pas isolées mais peuvent se superposer, se compléter.
 

L’analyse des émotions (Analytics of emotions)

L’analyse des émotions permet de fournir des apprentissages personnalisés fondés sur les réponses émotionnelles des apprenants. Les méthodes automatisées de suivi du regard et de reconnaissance faciale peuvent permettre d’analyser la manière dont les étudiants apprennent et réagissent d’un point de vue émotionnel et cognitif. Cognitif : par exemple si l’apprenant a répondu à une question, s’il peut expliquer une notion. Emotionnel : si l’apprenant est frustré, embrouillé ou distrait.

Chaque étudiant a sa mentalité, ses stratégies d’apprentissages, ses capacités d’implication qui influencent profondément sa manière d’apprendre. Associer les données cognitives et émotionnelles récoltées par ordinateur à l’expertise humaine de l’enseignant et à sa capacité à répondre de manière individualisée aux émotions et au caractère propres à chaque étudiant est une approche chargée de promesses.

Pour approfondir :

Measuring and  Understanding Learner  Emotions: Evidence and  Prospects (Bart Rienties and Bethany Alden Rivers)

Utiliser les données pour manager par les émotions (Bertrand DUPERRIN)

L’évaluation furtive (Stealth assessment)

Une des méthodes qui pourraient servir l’apprentissage personnalisé, entendu comme un vaste processus de compréhension et de développement des aptitudes et des outils de chaque apprenant, est l’évaluation furtive. L’évaluation furtive emprunte des techniques aux jeux de rôle en ligne comme World of Warcraft, où le système collecte continuellement des données sur les actions des joueurs, fait des inférences sur leurs objectifs et leurs stratégies de manière à leur proposer de nouveaux défis individualisés. Dans un environnement d’apprentissage formel, l’objectif est d’évaluer des aspects difficilement mesurables de l’apprentissage comme la persévérance, la créativité, la réflexion stratégique. Cela permet aussi de collecter des informations sur l’avancée et les procédures d’apprentissage sans interrompre l’élève dans son travail.

De nombreuses recherches restent cependant à mener sur ce sujet, qui pose également des questions d’éthique, au vu de la quantité de données amassée sur chaque élève.

Pour approfondir :

What is Stealth Assessment? (Valerie Shute, Florida State University)

Big Data and the Promise of Stealth Assessment (Ilena Parker, Institute of Play)

L’enseignement adaptable (Adaptive teaching)

Comme le dit l’étude, la personnalisation est le chainon manquant de l’éducation. Depuis des décennies la recherche en éducation tente de développer des méthodes d’instruction personnalisée qui répondent au comportement de chaque élève ou prennent en compte les états mentaux de chacun et corrigent les incompréhensions et les confusions.

L’enseignement adaptable se propose d’utiliser les données disponibles sur chaque apprenant, sur les apprentissages précédents et ceux en cours, grâce à l’ordinateur, afin de créer une voie personnalisée vers les contenus d’apprentissage. Il s’appuie sur des pratiques d’apprentissage traditionnel comme la lecture de textes et y superpose une couche de support numérique (les données concernant le temps passé à lire, les auto-évaluations…).

L’enseignement adaptable peut aussi être appliqué à des activités de classe ou dans des environnements connectés où les étudiants maitrisent leur rythme de travail.

Pour approfondir :

TICE et TSA à l'école (Patrice Couteret)

La personnalisation de l’apprentissage au service de la formation des adultes dans les cours en ligne (Louise Sauvé - Journées nationales AUNEGE 2012 - Jeudi 22 mars 2012)

Recommandations personnalisées de ressources des UNT (Azim Roussanaly – Printemps du numérique 2015)

L’apprentissage incarné (Embodied learning)

 

L’apprentissage incarné reconnait que nous sommes des créatures avec des corps qu’on utilise pour explorer, créer, travailler et construire – comme c’est le cas quand on apprend un sport. Il s’agit donc de trouver comment l’esprit et le corps peuvent travailler ensemble pour servir de support aux apprentissages, en s’appuyant sur les sensations et les réactions corporelles.

Cela implique une technologie où les capteurs sensoriels fournissent des données physiques et biologiques personnalisées, des systèmes de traceurs visuels, des appareils mobiles qui réagissent aux mouvements, etc. Cette approche peut être utilisée dans des recherches physiques comme la friction, l’accélération, bien évidemment et plus généralement, être conscient de la façon dont le corps interagit avec le monde développe une approche sensible plus attentive aux apprentissages et au bien-être. L’apprentissage de la gestion des émotions dans les situations de travail pourrait être une jolie application. 

Pour approfondir :

Risques psychosociaux : les émotions au travail (Hélène MONIER)

Quand la colère fait tomber les masques (Arnaud PELLISSIER-TANON, Philippe JACQUINOT)

Piloter un laboratoire à distance pour apprendre les sciences - Learning by doing science with remote labs

Utiliser les équipements et la technologie onéreuse des laboratoires peut désormais se faire à distance, pour les étudiants, grâce à des systèmes de contrôle délocalisés s’appuyant sur des robots et des caméras.

Un même laboratoire peut servir à de nombreux groupes de recherches qui partagent les mêmes infrastructures, il n’est plus nécessaire de se trouver sur place. La mise en commun, sur des sites web dédiés, d’interfaces intuitives et de ressources pédagogiques vient renforcer l’expérience pratique, l’observation directe en plus du travail dans les manuels. Pourquoi ne pas étendre l’expérience des salles de marchés virtuelles pédagogiques à de nouveaux domaines de l’économie et de la gestion?

Pour approfondir :

Une première, le tutorat en simulation à la faculté de médecine de Nice (Robin JOUAN, étudiant, ANEMF) - Les jeux sérieux, Printemps du numérique 2015)

Le projet eScience

Penser comme un ordinateur - Computational Thinking

Le but est de trouver comment résoudre des problèmes en utilisant les techniques issues de l’informatique, telles que le processus itératif (répétition d’une séquence d’instructions), le débogage, la reconnaissance des schémas connus, la création d’algorithmes, la méthode de décomposition des problèmes (en sous-problèmes traitables plus efficacement), etc.

Etudier l’informatique implique plus que simplement apprendre le code. S’inspirer des techniques qui régissent les ordinateurs permet aux élèves de s’engager dans l’abstraction, en définissant des modèles, en généralisant à partir d’occurrences spécifiques ; cela entraine différentes manières de traiter l’information et de la représenter, cela demande aussi aux élèves de travailler systématiquement à identifier et résoudre les erreurs.

L’objectif consiste pour chaque apprenant à structurer des problèmes de telle sorte qu’ils puissent être résolus. La « pensée informatique » peut, en outre, être enseignée au sein de cadres variés, en mathématiques, en sciences, en arts, etc.

Pour approfondir :

La pensée informatique (par Jeannette Wing)

Initier les élèves à la pensée informatique et à la programmation avec Scratch (par Pierre Tchounikine Université Grenoble - Alpes)

L’apprentissage contextuel (Context-based learning)

En interprétant les nouvelles informations selon le contexte : où, quand, comment, pourquoi, etc., elles sont apparues et en les mettant en relation avec nos connaissances, elles nous permettent d'appréhender leur pertinence et leur signification.

En classe, le contexte est particulièrement réduit en termes d’espace et de durée. Au-delà de la classe, on peut apprendre dans un contexte enrichi, lors de la visite d’un site patrimonial, d’une entreprise ou même en s’immergeant dans la lecture d’un livre. Il est possible de créer un contexte en interagissant avec notre environnement, à travers des discussions, en prenant des notes, en explorant le monde qui nous entoure, en s’appuyant sur des instruments de mesures et des indicateurs.

Ainsi, la conception de sites efficaces pour l’apprentissage, à l’école, dans une organisation, sur le web, demande une compréhension approfondie de la façon dont le contexte façonne et est façonné par le processus d’apprentissage.

L’apprentissage accidentel (Incidental learning)

Le but est d’exploiter les apprentissages qui peuvent avoir lieu de façon non intentionnelle, non programmée, tout ce que l’on peut apprendre dans la vie de tous les jours, chez soi, au travail, en visitant un musée, via les outils connectés (ordinateurs, smartphones, tablettes). Contrairement à l’éducation formelle, ce type d’apprentissage ne requiert pas d’enseignant, il ne suit pas un programme structuré ni ne débouche sur une quelconque certification. Cependant, cela peut amener les enseignants à prendre en considération ce qui habituellement demeureraient de simples fragments de connaissance isolés dans un parcours d’apprentissage.

L’apprentissage par l’argumentation (Learning through argumentation)

L’emprunt d’outils d’argumentation propres aux professionnels des sciences et mathématiques permet aux apprenants d’affiner leurs idées, d’apprendre à travailler en groupe comme le font les scientifiques, de valider ou de réfuter une affirmation. Les enseignants peuvent encourager les étudiants à poser des questions ouvertes, à opposer leurs idées, les reformuler dans un langage plus scientifique. Utiliser une démarche scientifique pour l’argumentation développe l’écoute active, et la discussion constructive. L’apprentissage par l’argumentation forme un public familier aux techniques de raisonnement et de discussion argumentée.

Crossover learning : l'apprentissage entre expérience et connaissance

Il s’agit de créer une synergie entre les apprentissages en environnement formel (la classe) et informel (en dehors de la classe). L’enseignement peut être enrichi par les expériences de la vie courante, l’apprentissage informel peut-être approfondi par des questions et des éléments de connaissances complémentaires en classe, c’est le principe de la classe inversée. La mise en relation de ces expériences renforce l’intérêt et la motivation d’apprendre. Voici un exemple concret de mise en application : les apprenants commencent à discuter une question proposée par l’enseignant en classe, puis continuent leurs recherches en visitant un musée, une entreprise, en sortie, en collectant des données (notes, photos, etc.) qui seront ensuite partagées en classe pour produire des réponses individuelles ou collectives. Ces expériences d’apprentissage hybride utilisent les forces des deux environnements et apportent aux apprenants de véritables conditions d’investissement dans leur apprentissage. Puiser dans les expériences issues de différents terrains encourage les apprenants à enregistrer, relier, mémoriser et partager leurs diverses expériences d’apprentissage.

Pour approfondir
Comment utiliser une ressource numérique (conférence de Thierry Garrot lors du Printemps UNT 2014)